Et pourtant elle tourne

Partout en Normandie l’économie circulaire se met en mouvement.

Avant, c’était l’obsolescence programmée. On produisait, on consommait, on jetait, et on ne se posait guère plus de questions. Mais ces pratiques ont fait leur temps. On s’est aperçu que les ressources n’étaient pas inépuisables, le GIEC a reçu le Prix Nobel de la paix, les consciences se sont éveillées (ou faut-il encore parler au présent ?) sur la nécessité de réfléchir à sa façon de consommer, à ses besoins, à l’utilisation des ressources. De ce mouvement est né le concept d’économie circulaire, qui depuis 4 ou 5 ans, pose ses jalons dans les mentalités et dans les faits.

 

Pour en expliquer les contours, Éric Prud’homme, directeur régional délégué de l’ADEME Normandie, tisse une amusante métaphore : « Avant, c’était le far-west, on faisait tout et n’importe quoi, les limites semblaient ne pas exister. Désormais, nous sommes comme un astronaute dans sa capsule, un environnement limité avec lequel il faut composer pour parvenir à survivre ».

 

Si personne ne remet en cause les vertus de l’économie circulaire, il reste à réussir le passage à l’acte, ce qui va faire d’un concept intellectuellement indiscutable une réalité économique indéniable. 

  • IN Normandy 31 mai 2018

Avant, c’était le far-west, on faisait tout et n’importe quoi, les limites semblaient ne pas exister. Désormais, nous sommes comme un astronaute dans sa capsule, un environnement limité avec lequel il faut composer pour parvenir à survivre

Avancer et partager

La Normandie est assez active sur la question. Plusieurs initiatives voient le jour. Sur le thème de l’écologie industrielle et territoriale, une action a été lancée avec les Communautés de Communes Caux Vallée de Seine et CASE, ainsi que la CCI Rouen Métropole, consistant à réunir des entreprises d’un même secteur géographique pour déterminer quelles pourraient être les synergies à organiser sur les services et les flux.

 

D’autres expérimentations sont menées à Cherbourg-en-Cotentin, Alençon, Saint-Lô. « Il a été possible d’identifier des axes de progrès. Et nous avons montré aux entreprises qu’elles avaient, à côté d’elles, des gens avec qui avancer, partager », commente Éric Prud’homme.

 

Le message est encore plus efficace quand il concerne l’énergie. C’est autour de la « chaleur fatale », de la récupération de l’énergie, qu’il se construit.

Mise en lumière

L’usine d’incinération de déchets Sedibex, à Sandouville, a développé la valorisation énergétique dès sa création il y a bientôt quarante ans, sous la forme d’un réseau de chaleur alimentant la zone industrielle de proximité. À Virela Normandise a mis en place une réutilisation de l’eau ou des fumées des chaudières, avec des résultats parlants en termes de réduction de consommation énergétique.

 

 
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On pourrait parler aussi d’une formation à l’économie de la fonctionnalité, portée par Opcalia, du réseau REGAL pour lutter contre le gaspillage alimentaire, avec des actions dans les écoles du Calvados et de l’Orne, dans les hôpitaux ou auprès de la grande et moyenne distribution, ou de la réparation, avec, entre autres, le Repair Café de Bayeux.

« C’est un secteur foisonnant. Il est essentiel de fédérer, d’organiser et de mettre en lumière les bonnes pratiques », conclut Éric Prud’homme. « La dynamique est forte, les institutionnels sont forces d’impulsion, on peut montrer des résultats. Et au bout du compte, on parle d’enjeux économiques et de santé publique. Ce sont des arguments qui sont suffisamment porteurs ».

La planète a ses limites

En 2050 on comptera plus de 9,5 milliards d’habitants (et probablement 10 milliards) sur la planète, entraînant une augmentation de la demande de la production mondiale agricole, pour l’alimentation humaine, animale et les biocarburants, de +48 % par rapport à 2013.

 

85 milliards de tonnes de matières premières sont consommées par an actuellement dans le monde. Ce chiffre passera à 183 mds en 2100. En France, on estime à 15 tonnes les matières premières consommées par habitant et par an. L’objectif du commissariat général au développement durable est de passer de 3 à 6 tonnes en 2050.

 

Le rapport des Nations Unies sur les ressources estime qu’il sera nécessaire, d’ici 2050, de ne consommer que 20 % des ressources que nous consommons actuellement. En Europe, 31 % de la nourriture produite est perdue sans être consommée.

 

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Le 2 août 2017, l’humanité a consommé la totalité des ressources naturelles que la Terre peut produire en une année. Ce « jour du dépassement », calculé par le Global Footprint Network, était situé le 12 novembre il y a 40 ans et le 30 septembre il y a vingt ans. Certes, cette évaluation statistique peut prêter à contestation, mais la tendance qu’elle démontre reste forte : pour subvenir aux besoins actuels il faudrait 1,7 planète Terre

A savoir

Les premières assises normandes de l’économie circulaire ont annoncé l’élaboration d’une stratégie régionale, devant aboutir l’été prochain et le lancement d’un appel à manifestation d’intérêt (Région, État, ADEME) concernant la production, l’offre de service et la conception, l’optimisation des ressources au niveau local, l’engagement citoyen, la consommation responsable, le réemploi et le recyclage.

 

 

Un laboratoire d’idées (Le Labo), animé par l’Institut Régional du Développement Durable, verra le jour dans les prochains mois pour mettre en relation le monde de la recherche et les porteurs de projet. Une plateforme numérique complète le dispositif : elle recensera et diffusera les initiatives des acteurs normands afin de favoriser la mise en réseau et les projets collaboratifs.

Source : Magazine Normandinamik #24 | Janvier-Février 2018
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