Florange: clap de fin pour les hauts fourneaux

Redoutée et annoncée depuis des mois, l'extinction définitive des hauts fourneaux de Florange (Moselle) démarrera mercredi, a annoncé la direction, marquant une étape considérée comme "une formalité, mais aussi un symbole" par les métallos lorrains, très amers face à la gestion de ce dossier par le gouvernement.

Les deux cathédrales d'acier de ce site d'ArcelorMittal, le P3 et le P6, ne produisent plus de fonte liquide depuis qu'elles ont été mises en veille en juin et octobre 2011. Mais leur "mise sous cocon", à partir de mercredi, marque une nouvelle étape, jugée définitive par les syndicats.

"Ca veut dire qu'on ne pourra plus redémarrer les hauts fourneaux, à moins d'investir dans de nouvelles installations", analyse François Lopera, de la CGT.

"C'est peut-être une formalité, mais c'est aussi un symbole: celui des politiques qui n'ont pas fait leur travail, des faux-espoirs qu'ils nous ont donnés et de notre déception", résume de son côté Frédéric Weber, de FO.

La procédure complète, qui comprend notamment l'arrêt des tours de chauffe des hauts fourneaux (devant durer 48 heures à partir de mercredi), ainsi que l'arrêt et la mise en sécurité de toutes les installations de la "phase liquide" de Florange, doit être finalisée d'ici la fin juin.

Cette fermeture d'une partie du site, qui conserve ses activités dites à froid, était prévue dans l'accord conclu fin novembre entre le gouvernement et le numéro un mondial de l'acier, qui la jugeait inéluctable en raison du contexte économique.

S'il signait l'extinction des hauts fourneaux, ce texte prévoyait aussi que leur fermeture se ferait sans plan social pour les 629 salariés concernés (sur les quelque 2.500 du site).

Depuis sa signature, plus de 200 sont déjà partis, à la retraite pour la plupart, tandis qu'environ 300 ont été détachés vers d'autres activités du site. Environ 120 sont encore affectés à la "phase liquide". Ils doivent participer aux opérations de fermeture des hauts fourneaux. Au final, le sort de plusieurs centaines de salariés doit faire l'objet de négociations sociales.

Promesses d'ArcelorMittal

L'accord prévoyait par ailleurs un engagement d'ArcelorMittal d'investir au moins 180 millions d'euros sur cinq ans à Florange.

"Ces engagements seront tenus et j'en serai, avec le gouvernement, le garant", a assuré François Hollande en décembre dernier.

Mais pour les syndicats, c'est le contenu même de ces engagements qui constitue un échec après plus d'un an et demi de lutte, dans un dossier qu'ils avaient réussi à placer au coeur de l'élection présidentielle.

Ils sont persuadés qu'une stratégie industrielle moins axée sur le court terme aurait permis de sauver les hauts fourneaux et reprochent à l'exécutif d'avoir capitulé devant le groupe, après avoir suscité l'espoir.

C'est ce qui a valu au Premier ministre Jean-Marc Ayrault d'être qualifié de "traître" par Edouard Martin, militant CFDT devenu le chef de file médiatique de la poignée de métallos qui ont mené jusqu'au bout le combat social à Florange, malgré la résignation de la plupart des salariés.

Leur colère est montée d'un cran début décembre quand ils ont appris qu'ArcelorMittal retirait sa candidature du projet européen Ulcos. Censée réduire les émissions de gaz carbonique lors de la fabrication d'acier, cette expérimentation restait l'unique espoir de relancer un jour un haut fourneau à Florange.

Le groupe a depuis assuré qu'il poursuivait ces recherches en France autour du projet, désormais baptisé Lis. Il a précisé lundi que 32 millions d'euros supplémentaires seraient investis dans ce projet de recherches par le biais d'un partenariat public-privé. Un point doit par ailleurs être fait sur ce dossier dans six ans. Six ans, c'est aussi la période pendant laquelle il s'est engagé à ne pas démonter les hauts fourneaux mis sous cocon.

Malgré les reproches, le gouvernement estime avoir arraché des engagements importants au géant de l'acier, et souligne l'absence de licenciements à Florange. Mais quelles que soient les appréciations sur le contenu de l'accord ce dossier a mis au jour de profondes divisions au sein de l'exécutif.

Les syndicalistes de FO ont prévu de dresser cette semaine une stèle en mémoire des "promesses non tenues" de François Hollande, semblable à celle installée après la fermeture de l'aciérie voisine de Gandrange en 2009, pour dénoncer l'action de son prédécesseur Nicolas Sarkozy.
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Source : AFP
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